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Les Amis du Livre Pyrénéen-

G. MILLIN DE GRANDMAISON - HUIT JOURS DE CHASSE A LESCUN [1876]. Très rare album, inconnu des bibliographies sur la Chasse et sur les Pyrénées, provenant de la célèbre Collection cynégétique Du Verne.


HUIT JOURS DE CHASSE A LESCUN. [s. l.] [1876]. In-4° oblong
S.f.t., t. lithographié, 9 lithographies avec légendes manuscrites à l’encre noire.


Très rare album, inconnu des bibliographies sur la Chasse et sur les Pyrénées, qui ne fut probablement tiré qu’à quelques exemplaires destinés aux participants de cette chasse et peut-être à de rares amis. Seuls deux exemplaires sont connus. La page de titre est signée G. M. 1876 et toutes les lithographies comportent la signature G. M. [Georges Millin de Grandmaison]. Les planches, dans le style des planches humoristiques de Vaufreland, narrent une partie chasse effectuée à Lescun par trois amis : Martell, Grandmaison et un troisième personnage surnommé prince.

Lorsqu’ils arrivent à Lescun, les trois amis assistent au mariage d’un douanier, ce qui permet de dater exactement le début de cette chasse. En effet, les registres de mariages de ce village répertorient huit mariages pour l’année 1876, le seul qui concernent un douanier est célébré le 23 mai 1876, entre Jean Jauréguy, né à Haux (canton de Tardets) en 1846, préposé des douanes, demeurant à Lescun et Marie Arraillé née à Lescun en 1856, fille de Pierre Araillé préposé aux douanes, retraité demeurant à Lescun.

Les 9 planches lithographiques qui suivent le titre sont légendées à la main par Millin de Grandmaison sur le mode humoristique. De telles parties de chasse étaient fréquentes à cette époque et Achille Fouquier dans son ouvrage intitulé A propos de chasses à l'isard, à l'ours et au sanglier [Paris, Veuve Morel, 1872], narre déjà des chasses de plusieurs jours, entre 1864 et 1870, dans les vallées d’Aspe et d’Ossau et dans les Pyrénées espagnoles : Praderas d’Olibon et aux environs de Hecho ; dans les listes de participants on retrouve Grandmaison, Martell, Post, d’Auribeau, etc…, ce qui nous amène à tenter l’identification des trois personnages dont il est question dans cet album.

L’auteur est incontestablement Charles Paul Georges Millin de Grandmaison (1839-1914), fils de Alfred Millin de Grandmaison et de Jeanne Lucie de Poilly ; à partir de 1884 il hérite du titre de baron de Grandmaison ; officier de cavalerie, il semble avoir été aussi sculpteur. Pour ses deux compagnons l’identification est plus problématique, l’un est certainement un membre de la famille Martell de Cognac et l’autre, si le titre de Prince qui lui est donné correspond à une certaine réalité, pourrait être un duc de Clermont-Tonnerre.

Le Martell est un membre de la famille Martell établie à Cognac au XVIIIe siècle qui devint une Maison de Cognac aujourd’hui célèbre. S’il est certain que le Martell qui participa aux chasses organisées par Achille Fouquier était bien Henri Ernest Martell (1822-1900), dans le cas de cette chasse à Lescun il peut s’agir du même Henri Ernest Martell, ou plus probablement d’un de ses trois fils : Frédéric Edmond (1853-1922), ou Auguste Henri (1852-1916), ou Edouard Georges (1856-1900) ; à noter que leur sœur Lucie épousa Auguste Fortuné Piscatory de Vaufreland (1837-1920), père de l’auteur des albums de chasse sur Pau.

Quant au personnage nommé prince, l’on ne peut que se perdre en conjectures. Pour des raisons de dates ce ne peut être un membre de la famille américaine Prince qui séjournait fréquemment à Pau. Le seul prince fréquentant la société paloise de l’époque était Gaspard Louis Aymé de Clermont Tonnerre (1812-1899), 6e duc et 3e prince de Clermont Tonnerre : en 1878, il participe à un dîner qui réunit les Lassence, la famille américaine Post et d’autres membres de la société paloise [Cf. son portrait par lui-même et par Madame Lee Child dans : Portraits, Pau, Soirée du 23 Février 1878]. Il peut donc s’agir de lui, ou plus probablement, pour des raisons d’âge, de son fils Gaspard Aimé Charles Roger (1842-1910) qui n’héritera du titre papal de Prince qu’en 1899, mais que Grandmaison pourrait surnommer prince dès 1876.


Présentation de l'exemplaire


© Collection Privée


Relié pleine percaline fauve ancienne, double encadrement de filets dorés sur les plats, titre doré sur le plat supérieur. Les lithographies, numérotées à l’encre de 1 à 10, sont montées sur onglet. Chaque lithographie porte un commentaire manuscrit de l’auteur, à l’encre noire. L’exemplaire porte le numéro d’entrée dans le Bibliothèque Du Verne, au crayon en haut à droite du premier f° blanc : 7023. Ex-libris gravé du possesseur actuel.
Nous donnons ci-dessous les commentaires manuscrits que Millin de Grandmaison a ajoutés au bas des lithographies:

Lithographie 1 – Page de titre, pas de commentaire manuscrit.

Lithographie 2 – A l’arrivée des chasseurs grande fut la joie des populations, -chose extraordinaire / un douanier se maria- à ces fêtes pantagruéliques le prince et ses compagnons furent /conviés- un seul accident dans la foule, un douanier en tombant se cassa le coq six [sic].

Lithographie 3- Le lendemain dans la montagne entourés de gibier de tous côtés- Par ou / commençons nous », dit le prince à droite le fouti fouti, à gauche le pélude, en / arrière l’ours, le coq de gruyère [sic], les Isards. Le moineau fut condamné et manqué.
(NB : le fouti fouti nom donné à un oiseau de la famille des passereaux = pouillots, dans ce cas il s'agit du moineau ; le pélude est le lièvre)

Lithographie 4 – Au jour suivant le prince oublie les plaisirs de la chasse pour civiliser la jeune / Eudoxie du Battoir -pendant que cette fille des champs lui enseigne le noble art / de la lessive le temps se brouille, il pleut, et /

Lithographie 5 – Les chasseurs sont obligés de se renfermer dans une étable où ils dorment / le jour durant. Martell ronfle comme une toupie, Grandmaison se / vautre dans le foin – Le prince rêve d’Eudoxie que tandis qu’une vache / beugle en s’apprêtant à lâcher son précieux fardeau. /

Lithographie 6 – Mais comme il faut faire chasse, en rentrant au logis Martell livre un / combat singulier à un mouton enragé qui ne veut pas mourir – Grandmaison / fait d’un coup de bâton sauter la tête à un poulet centenaire au grand / ébaudissement des naturels du pays./

Lithographie 7 – Le jour suivant Grandmaison suivait avec ardeur la piste d’un / mulot. Il tombe et se démet le pied, Le prince sur ce voyant / goguenarde, Martell regarde sa pipe, le mulot / se terre. /

Lithographie 8 – Il nous faut pourtant tuer le coq s’écrie le prince qui nous / amène la nuit nous écorcher le nez à toutes les branches de la / forêt, des coqs / Zut. /

Lithographie 9 – Au point du jour, cependant, le prince tue enfin ce / coq tant désiré, Les guides font aussitôt comprendre par des danses / macabres le bonheur qu’ils … éprouveront à recevoir le pourboire : de son A. [ltesse] /

Lithographie 10 – Vive / Coq VI / Puis, comme tout à une fin en ce monde / La cérémonie faite, chacun s’en fut chez soi / Et Ex-Cabrera (prononcéz Grandmaison) a élevé au nouveau Nemrod / la statue ci-dessus. /


Provenance

• La bibliothèque cynégétique Du Verne d’Orcet est une bibliothèque familiale constituée et enrichie par trois générations successives de bibliophiles passionnés : elle fut initiée par Joseph (1865-1933), officier à la Belle Epoque, au château du Veuillin à Apremont-sur-Allier, et continuée par son fils Pierre (1892-1960), polytechnicien, industriel, maître d’équipage du Rallye-Pique-Avant Nivernais avec son beau-frère le marquis de Roualle, l’un des plus grands fusils de son époque ; il acquit de nombreux ouvrages aux célèbres ventes Schwerdt à Londres (1939-1946) et des barons de Lassus à Paris (1955). A la troisième génération sa fille Nicolle (1927-2007), qui pratiqua la chasse, la reliure et compléta la bibliothèque avec son mari Charles de Pierre de Bernis, grand fusil, membre de la Société des Bibliophiles François dont il fut le secrétaire pendant 15 ans, c’est alors que furent acquis des ouvrages provenant d’autres bibliothèques célèbres : Mouchon (1962), Parent (1977) ou Jeanson (1987). La première partie de cette bibliothèque Du Verne d’Orcet fut vendue le 5 octobre 2016 par Sotheby's (Paris), la deuxième partie, le 20 novembre 2019 par Alde (Hôtel Ambassador, Paris), la troisième le 19 novembre 2020 par Alde (Hôtel Ambassador, Paris). Seuls les ouvrages de la deuxième vente possèdent un ex-libris aux armes de la famille Du Verne qui fut réalisé à l’occasion de cette vente. Tous les ouvrages portent en haut à droite du premier f° blanc, marqué au crayon, le numéro d’entrée dans la collection Du Verne surmonté d’une croix grecque (renseignements communiqués par les experts Cédric et Ithier de Fougerolle, de la Librairie de Montbel).
• 19 novembre 2020, Paris, Alde, Hôtel Ambassador, Bibliothèque cynégétique du Verne, Troisième partie, Hôtel Ambassador, Paris [cat. N° 132].
• Bibliothèque Privée.


Références

• [Catalogue de Vente aux Enchères] – Société de Vente aux Enchères Alde, Bibliothèque cynégétique du Verne, Troisième partie, 19 novembre 2020, Hôtel Ambassador, Paris. [Paris] [2020] [N° 312].