Les Amis du Livre Pyrénéen-

Henry RUSSELL – SOUVENIRS D’UN MONTAGNARD (1878). Exemplaire du physicien et alpiniste John Tyndall, vainqueur du Cervin.


SOUVENIRS D'UN MONTAGNARD, par le Comte Henry Russell, Membre des Sociétés Géographique et Géologique de France, de l'Alpine Club, du Club Alpin Français et de la Société Ramond : Auteur de "16,000 lieues à travers l'Asie et l'Océanie", etc., etc., etc. Mirabilis in altis Dominus..... N. B. - La vente de cet ouvrage est interdite. Pau, Imprimerie Vignancour. - F. Lalheugue, Imprimeur, 1878.
In-12, s.f.t., 416 pp.


Edition originale. Très rare. Très recherché. Le plus célèbre des ouvrages pyrénéistes. L’un des Les Vingt Livres pyrénéistes les plus rares, N° XIX. Cette édition ne fut pas mise dans le commerce, mais distribuée par H. Russell à ses amis. Rappelons que l'auteur, peu satisfait de la présentation qu'il avait donnée à ses écrits, n'a jamais considéré cette édition comme une première édition, mais comme un essai, une édition pré-originale en quelque sorte. Dans toute sa correspondance, il cite l'édition de 1888 comme étant la première et celle de 1908 comme étant la seconde.
Il faut, à propos de cette édition, détruire une légende soigneusement entretenue par Henry Russell lui-même et abondamment reprise par la suite, qui veut que l'auteur, mécontent de son œuvre, alla la jeter dans le Gave de Pau après en avoir distribué quelques exemplaires à ses amis. Il n'en est rien. Pendant dix ans, il continua d'offrir des exemplaires, et nous retrouvons dans les collections publiques ou privées des lettres d'envoi et des dédicaces, de plusieurs années postérieures à la prétendue noyade de l'édition. Signalons par exemple que sur l'exemplaire conservé au Musée Pyrénéen, la dédicace autographe à l'abbé Charles Laffitte porte la date de janvier 1885 [Pyrénées, 1954, N° 20, p. 253], et c'est loin d'être le seul cas ; un autre exemplaire a été dédicacé à C. Fabre, en 1885 également.
Le livre que Russell jeta dans le Gave, afin d'en détruire l'édition, était l'Histoire d'un Cœur, dans lequel il faisait revivre ses amours malheureuses. Dans une lettre à Lorenz Preller, écrite le 10 octobre 1888, soit dix ans après la destruction mythique de son édition, Russell écrit : J'espère que [...] vous voudrez bien rôtir, anéantir (comme je le fais moi-même des exemplaires qui m'en restent encore) l'exemplaire de 1878, qui n'est qu'un chaos disloqué d'ascensions, un vrai galimatias. Ce n'est qu'à cette époque, soit dix ans après sa parution, que Russell détruisit les exemplaires restant de l'édition de 1878, et encore, le fit-il réellement ?
Editions : 1878 [éd. or.], 1888 [2e éd., première mise dans le commerce], 1908 [3e éd. définitive, seconde dans le commerce], 1930 [rééd. de l'éd. de 1908], 1978 [rééd. de l'éd. or. de 1878], 1979 [rééd. de l'éd. de 1908], 1999 [rééd. de l'éd. de 1908], 2002 [rééd. en 2 vol. de l'éd. de 1908], 2002 [traduction espagnole de l'éd. de 1908].
¶ Lacaze, p. 210. Soulice, Histoire I, N° 304, p. 49. Cent Ans, IV, 115-117, 127 ; V, 25, 102 ; VII, 39, 253, 268. Fourcassié, pp. 298-300, 416. Duloum, pp. 23, 501-502. Labarère, Les Vingt Livres pyrénéistes les plus rares, N° XIX. Armengol, Batlle, Gual, N° 661. Labarère, Henry Russell et les Souvenirs d'un Montagnard [Pyrénées, N° 125-126, pp. 91-99]. Labarère, II, N° 1341. Labarère, H. Russell, II, Bibliographie, N° 22.


Présentation de l'exemplaire


© Collection privée


Exemplaire du physicien et alpiniste précurseur des ascensions en solitaire, John Tyndall [1820-1893], reliure d’époque en demi-cuir de Russie bordeaux à petits coins, dos lisse avec titre et filets dorés, tranches mouchetées, étui bordé. Envoi de l'auteur à Tyndall : Presented to Professor Tyndall, with the author’s kind regards and remembrance, Henry Russell. London : nov. 1880. Il est fort probable que c’est Henry Russell qui fit relier cet exemplaire avant de l’offrir à J. Tyndall. Est jointe à cet exemplaire la très intéressante lettre d'Henry Russell concernant la remise de l'ouvrage à Tyndall. Ex-libris gravé du possesseur actuel.
A cet exemplaire est jointe lettre d’Henry Russell à John Tyndall concernant la remise de l’’ouvrage, deux pages de vélin beige écrites à l’encre noire datées du 4 Novembre 1880 : Ford’s Hotel, Manchester Street, London W. Nov. 4th. Dear Mr Tyndall. May I still hope that you have not forgotten me ? In any case, to make surer you won’t do so, allow me to present you with a copy of my last literary effort and eccentricity. Having always more admired nature’s sublimity and poetry than its mechanism and laws, I could not conscientiously recommend you to read any of the sentimental ascents which almost fill my long book : they might act like opium : but you may perhaps find things to interest you in the Introduction of 22 pages, where I mixed and discussed mountains, philosophy, music, women, and even love ! Hoping to find you at home, and give you this myself, I remain very sincerely yours. Henry Russell. Ford’s Hotel, Manchester Street, London W.
Traduction de cette lettre par J. Duloum : Cher Monsieur Tyndall, Puis-je encore espérer que vous ne m’avez pas oublié ? De toutes façons, afin de rendre plus sûr votre souvenir, permettez moi de vous présenter un exemplaire de mes derniers efforts littéraires et de mon excentricité. Ayant toujours admiré davantage la sublimité et la poésie de la Nature que son mécanisme et ses lois, je ne pourrais en toute conscience vous recommander de lire aucun des accents sentimentaux qui remplissent presque entièrement ce long livre : ils pourraient agir comme de l’opium, mais vous pourrez peut-être trouver des choses capables de vous intéresser dans l’introduction de 22 pages, où j’ai mêlé et discuté montagne, philosophie, musique, femmes et même amour ! Dans l’espérance de vous trouver chez vous et de vous donner moi-même ce livre, je demeure Très sincèrement vôtre. Henry Russell.].
Outre la lettre de Russell à Tyndall, sont joints à cet exemplaire les courriers envoyés par le Libraire parisien André Wahl au Bibliophile bordelais Hubert Dupont, au sujet de la vente de cet exemplaire. Sur ces lettres, le prix de l’ouvrage a été gratté par H. Dupont, qui ne souhaitait pas que sa femme en connaisse le montant (Voir les Documents complémentaires).


Provenance

•John Tyndall (1820-1893), physicien et alpiniste célèbre qui réalisa la première ascension du Weisshorn [1861] et celle du Pic qui porte son nom au Cervin [1862]. Rappelons que son nom a été donné à un cratère d’impact sur Mars, à une montagne de la Sierra Nevada aux U.S.A. (Mont Tyndall, 4 275 m), à un astéroïde découvert le 26 août 1998, à un Institut de Cork le Tyndall National Institute (Irlande), etc .
•Hubert Dupont, bibliophile bordelais. Cet exemplaire fut acheté en Angleterre, en 1957, par le Libraire parisien André Wahl, avec d’autres ouvrages d’alpinisme provenant de la Bibliothèque de Tyndall, il le vendit aussitôt [75 000 F] au Bibliophile bordelais Hubert Dupont, lequel s’en sépara une vingtaine d’années plus tard, lorsqu’il céda les derniers titres de sa bibliothèque pyrénéiste. Cet exemplaire, ainsi que la lettre d’envoi, sont signalés par Joseph Duloum, ami d’Hubert Dupont, dans Les Anglais dans les Pyrénées, pp. 501-502.
•Bibliothèque privée.


Références

•Joseph Duloum - Les Anglais dans les Pyrénées et les débuts du tourisme pyrénéen (1739-1896). Amis du Musée Pyrénéen, 1970 [pp. 501-502].
•Jacques Labarère - Henry Russell, explorateur des Pyrénées. Pau, Editions du Gave, 2003 [Tome I, pp. 202-204].
•[Catalogue d’Exposition] - Comte Henry Russell-Killough, 1834-1909. Pau, Exposition du Centenaire, Palais Beaumont [2009] [p. 86, N° 86 pour l’ouvrage et N° 87 pour la lettre à Tyndall]


Documents complémentaires


Voir d'autres exemplaires :