Les Amis du Livre Pyrénéen-

X. Le Vignemale et ses grottes

C'est au début des années 1880, qu'Henry Russell s'intéresse plus particulièrement au Vignemale. A partir des années 1890 il va délaisser les sommets de l'Aragon pour se consacrer presque exclusivement à ce massif dont il demandera la concession. Il ne creusera pas moins de sept grottes qui lui permettront de mener une vie confortable en altitude.

Le creusement de la première grotte débute en août 1881. Etienne Theil, l'entrepreneur de Gèdre, est chargé de ce travail. Les rochers de la Pique Longue étant trop durs, H. Russell se décide finalement à creuser dans les parois de Cerbillonas, juste au-dessus du glacier, à 3200 mètres d'altitude : "je devinais tout de suite que ce beau belvédère, presque toujours sec et calciné par le soleil, deviendrait mon séjour de prédilection, soit pour les repas, soit pour les longues et douces rêveries, à toutes les heures du jour et de la nuit". Les travaux seront repris en juillet 1882 et le 1er août, H. Russell s’installe dans cette première grotte, baptisée "Villa Russell", il y passe trois jours avec son ami F. Swan. En 1884, le 12 août, trois messes y sont célébrées par l’abbé Pomès et les Pères de Héas, Carrère et Cassagnère.

En 1885, H. Russell inaugure sa deuxième grotte du Cerbillonas, celle des "Guides", située à côté de la Villa Russell.

En 1886, il fait creuser la troisième grotte, celle des "Dames", plus petite mais plus chaude. Comme le niveau du glacier a monté, il prend la précaution de l'établir quatre mètres au-dessus des deux précédentes.

Hélas, en 1888, l'inexorable montée du glacier ensevelit les deux premières grottes ; aussi, constructeur désormais infatigable, Henry Russell qui n’a jamais acheté un domicile à Pau et y vit en location, fait creuser deux nouvelles grottes au bas du glacier, à 2400 mètres d’altitude, les grottes Bellevue : une petite grotte pour les bagages et les provisions, et une autre de 10 m3, qui, à l’usage, se révélera fort inconfortable, la voûte étant fissurée, il pleut à l’intérieur.

Ensuite, H. Russell entreprend le creusement de la troisième grotte Bellevue, la plus spacieuse : 4 mètres de long et un volume de 20 m3.

C'est en 1892 qu'il commence le creusement de la dernière grotte, celle du "Paradis", située à 20 mètres seulement du point culminant du Vignemale. Cette grotte de 16 m3 sera terminée en 1893 par Pontet, de Gèdre. Le curé de Gèdre, Pascal Carrère, viendra y dire une messe pour la bénir.

Dans le domaine de la carte postale, il existe au moins deux cartes représentant H. Russell au Vignemale. La plus connue et la plus rare est le cliché pris par Louis Robach, le 31 juillet 1904, devant les grottes Bellevue. Sur une autre carte postale, généralement intitulée "Glaciers du Vignemale", représentant une vue du Col de Cerbillonas, on distingue la silhouette caractéristique de Russell, en compagnie d’un ascensionniste coiffé d’un casque colonial. Cette carte postale eut de nombreuses variantes, en noir et en couleurs, surchargées ou non, dans des endroits divers, d’une publicité pour l’Hôtel du Vignemale à Gavarnie.

L’histoire du creusement des sept grottes du Vignemale fut résumée par H. Russell, en 1895, dans une petite plaquette à couverture rose : "Histoire et vicissitudes de mes grottes du Vignemale", que l'on trouvera dans le Chapitre III. Dans ce chapitre VII, est réunie l'iconographie concernant Henry Russell et ses grottes, de même que des ouvrages ou articles d'autres auteurs qui leur sont consacrés.